Consultant expert SOA chez Petals Link, Pierre-Yves Gibello nous présente PRESTO, le protocole d'échanges conçu par l'État pour l'échange d'informations au sein de toutes les entités publiques.
Laurent Lacôte : Bonjour Pierre-Yves, d'abord, pourrais-tu brièvement te présenter ?
Pierre-Yves Gibello : Bonjour, je m'appelle Pierre-Yves Gibello, je suis Consultant chez l'éditeur Petals Link, je travaille sur des projets clients et des formations, des projets de R&D financés par l'ANR, et du développement sur certains composants de Petals. Je participe également à l'implémentation de PRESTO (PRotocole d’Echanges STandard et Ouvert) dans le bus de services Petals ESB.
L. : Un Protocole d'Échanges STandard et Ouvert ?
P-Y. : Oui, c'est un protocole défini par la DGME (Direction Générale de la Modernisation de l'Etat), très active dans le secteur des TIC et de la dématérialisation des procédures. Presto doit servir à homogénéiser les échanges d'informations entre les différents acteurs publics (administrations, collectivités) et leurs partenaires pour faciliter l'interopérabilité et la réutilisation des données.
N'existe-t-il pas déjà déjà des protocoles d'échanges standards, ouverts et sécurisés tels que le SFTP ? Pourquoi réinventer la roue ?
C'est vrai qu'il existe déjà de tels protocoles (HTTP, FTP, SOAP...). Mais l'idée, derrière la promotion de l'ouverture et du standard, c'est de définir un référentiel sur-mesure pour les besoins des administrations, et dont l'évolution reste sous la maîtrise de l'État.
En fait, grossièrement, PRESTO est une spécification qui associe un protocole courant et de Web-Services conformes aux spécifications WS-Addressing, MTOM, WS-ReliableMessaging et WS-Security, et la description de formats et patterns d'échanges.
Le but étant d'obtenir un format et un protocole uniques, interopérables, sécurisés, et respectueux des standards internationaux.
PRESTO a vocation à régir tous les échanges entre l'administration et les tiers. À terme, une fois bien implanté sur le territoire français, il pourrait être utilisé pour améliorer l'harmonisation des échanges au niveau européen. Mais je spécule, dans la mesure où plusieurs pays européens suivent déjà la même démarche...
Concrètement, quel sera l'impact de PRESTO dans l'écosystème logiciel public ?
Majeur, du moins pour les éditeurs de logiciels : qu'il s'agisse de logiciels courants (suites bureautiques, messagerie) ou solutions métiers (gestion des identités, services de nettoyage municipaux, enregistrement de mariages, etc.), les éditeurs devront implémenter PRESTO sous peine de se voir, à terme, exclus des marchés publics, ce qui est impensable pour beaucoup d'entre eux. Après, chacun reste libre de son implémentation, tant qu’il respecte la spécification quant à l’exposition du point d’accès PRESTO et le traitement/validation des requêtes.
Où en est-on aujourd'hui ?
Le projet PRESTO a démarré fin 2005 à l'initiative de la DGME , dans le cadre du plan de modernisation de l'administration. La version 1.0 du référentiel a été publiée le 13 septembre 2006, et la version 2.0 en décembre 2009 à l'occasion d'une réunion rassemblant plusieurs éditeurs.
Aujourd'hui, PRESTO fournit un cadre d'échange sécurisé basé sur SSL et l'échange de certificats, un protocole d'échange de pièces jointes volumineuses basé sur WS-ReliableMessaging, et une première ébauche de système de routage intégrant WS-Addressing.
Quel était l'objet de cette réunion organisée par la DGME en décembre 2009 ?
Les éditeurs présents (Petals Link, Axway, Tibco, IBM, Microsoft, Oracle) devaient présenter leurs prototypes d'implémentation de PRESTO. Concrètement, il s'agissait de faire communiquer son serveur PRESTO avec un client PRESTO fourni par la DGME et hébergé par l'ADULLACT, dans le cas d'usage suivant : réception d'un message contenant une pièce jointe >> traitement du message et de la pièce jointe, le scénario de traitement étant laissé au libre choix de l'éditeur.
En ce qui nous concerne, nous avons présenté un scénario avec traitement ultérieur des données dans le cadre d'un flux Petals (pour la démo, un simple envoi de mail avec les pièces jointes), et le monitoring technique du flux avec PetalsView.
Étonnamment, ce scénario nous a démarqués de la plupart des éditeurs présents, focalisés sur l'échange technique et le support du protocole. Nous avons également pu mettre en avant notre statut d'éditeur open-source (nous sommes le seul du panel) et de PME française.
Comment le protocole PRESTO sera-t-il diffusé, et adopté par les tiers ?
Les approchent divergent selon les éditeurs. Certains, tel Microsoft, ont ouvert un laboratoire dans lequel ils invitent tout tiers à venir tester son implémentation de PRESTO et la rendre interopérable avec eux. Bref, l'interopérabilité est déclarative et basée sur des partenariats.
Pour nous, ce n'est pas la meilleure approche. Il faut, comme pour la plupart des standards définis, une implémentation de référence et des tests de validation, qui vérifient de manière factuelle l'interopérabilité affichée par un éditeur : ainsi la DGME, autorité légitime sur le sujet puisque son initiatrice, pourrait déterminer la conformité réelle des solutions à la spécification et la certifier.
Notre but est donc, à partir du kit DGME / ADULLACT, d'initier cette démarche en fournissant une implémentation open source et industrielle, s'appuyant de plus sur des projets concrets (notamment le projet RITA). D'où mon rôle de commiter sur le code du kit à l'ADULLACT.
Nous espérons ensuite que la DGME trouvera son intérêt à fournir une implémentation de référence, ne serait-ce que pour valider la compatibilité des différentes implémentations avec le standard : que ce soit basé ou non sur le kit actuel importe peu, c'est surtout la démarche qui ferait sens.
PRESTO est-il déjà utilisé aujourd'hui ?
Plusieurs administrations et collectivités ont commencé à implémenter PRESTO (Agence Nationale des Titres Sécurisés, Ville de Paris, Ministère de la Justice...). Pour ce qui est d'un usage en production, on peut citer la DGME, dont la plateforme RITA basée sur Petals ESB utilise le connecteur PRESTO.
Donc pour toi la prochaine étape, c'est ?
La mise en œuvre opérationnelle de Presto et son déploiement sur le terrain, dans des projets d’organismes publics tels que ceux cités. Et bien entendu, rester impliqués dans l'évolution de ce standard et son intégration continue dans Petals ESB.
Merci Pierre-Yves!
Merci à toi.